PORTRAIT

EVELYNE SHITALOU Lauréate 2005 - Prix Europe

Imaginez une femme petite, à l’allure décidée, au regard perçant. Voici Evelyne Shitalou, lauréate du trophée européen de la femme d’affaires noire lors de la finale du 28 octobre dernier.

RM : Le grand public ne vous connaît pas, parlez-nous un peu de vous.

SE : Je suis Guadeloupéenne, et bien que le grand public ne me connaisse pas, je suis une spécialiste reconnue dans ma partie, la recherche de subventions européennes pour les entreprises et les collectivités locales.

RM : Comment en êtes-vous arrivée à ce métier ?

SE : J’ai pris des chemins détournés. Titulaire d’un 3ème cycle en commerce international, je suis aussi traductrice-interprète agréée et assermentée. J’ai aussi été élue Meilleur Vendeur de France dans l’immobilier deux ans de suite. Pour des raisons personnelles, je suis partie à Miami en 1996. Là, j’ai travaillé dans la finance, ce qui m’a plu énormément. Mais j’ai dû rentrer en Guadeloupe un an plus tard où j’ai été chargée de mission catégorie A à la préfecture, chargée de trouver des fonds européens.

RM : La transition d’un poste dans un univers compétitif aux USA à un poste de fonctionnaire n’a pas été trop dure ?

SE : Très vite, je me suis rendue compte que je n’étais pas faite pour ce statut, même si mon poste me plaisait. J’avais en effet l’impression de chercher la petite bête aux entreprises alors que ce dont elles avaient besoin, c’était de soutien. Alors, j’ai demandé une formation à la Commission Européenne à Bruxelles. L’obtenir n’a pas été facile, et j’ai dû démissionner pour avoir accès à cette formation de six mois. A la fin, on m’a proposé le poste d’expert-consultant en charge du secteur privé pour les pays ACP/Caraïbes. Après un an, on m’a offert de remplacer mon directeur. Mais j’ai refusé, car pendant que je travaillais, j’avais déjà créé mon entreprise qui prenait son essor. J’ai donc démissionné, car mon but était quand même d’être indépendante en créant mon entreprise. Je reste quand même consultant indépendant pour la commission européenne.

RM : Je vois que vous avez su chaque fois prendre des risques et saisir des opportunités. Est-ce cela le secret de votre réussite ?

SE : Probablement. On ne devient pas chef d’entreprise si on veut la sécurité de l’emploi !

RM : Quelles sont les bases de votre métier ?

SE : Régler les problèmes des gens, les aider à réaliser leurs rêves. Combien de fois n’ai-je pas entendu de la part de mes clients : « c’est Dieu qui vous envoie ! ». Parce que ne pas disposer des fonds nécessaires peut être un frein majeur à la réalisation de projets. Etant donné que je connais toutes les arcanes de la Commission Européenne, je peux apporter mon concours avec succès.

RM : Les consultants de tous genres sont légion. Qu’est-ce qui fait que vous sortez du lot ?

SE : Je vous répèterai juste ce que me disent mes clients : mes compétences, ajoutées à mon réseau relationnel et à ma personnalité font de moi un consultant hors pair. Je suis pragmatique et clairvoyante, et si mon client en a besoin, je suis capable de soulever des montagnes !

RM : Quels sont vos projets d’expansion ?

SE : J’ai commencé par un bureau à Bruxelles en 1999, puis un autre à Paris, ensuite à la Martinique et aux Canaries. Cette année, j’ai ouvert un bureau à Anguilla et le prochain sera en Inde au cours du premier semestre 2006.

RM : Vous avez eu le trophée européen, qui reconnaît votre travail. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

SE : Bien entendu, j’en suis très fière, parce qu’on arrive pas à ce niveau-là sans sacrifice. J’avoue que quelquefois, je voudrais du calme, ne pas être toujours entre deux avions, me reposer un peu, mais il y a des gens qui comptent sur moi. Rencontrer autant de femmes à de tels niveaux de responsabilité m’a rassuré : je ne suis pas un extra-terrestre, comme on a voulu me le faire croire trop longtemps. J’ai été vraiment impressionnée par la Vice Premier Ministre des Bahamas.

RM : Quels sont vos rêves ?

SE : Monter une fondation pour les enfants et aider la cause féminine. J’ai d’ailleurs l’intention d’apporter mon soutien au Réseau Francophone des Femmes d’Affaires Noires qui fait un travail formidable pour créer des synergies entre les chefs d’entreprises.

Texte : Reine MORIS

Photos : Fofo Forey FUMEY