PORTRAIT

Paule-Elise AGLAE Lauréate 2005 - Prix France

Impossible de ne pas remarquer Paule-Elise Aglaé. Grande et mince, c’est d’abord son sourire éclatant qui retient l’attention, mais derrière cette façade, on sent la femme de poigne qui trace son chemin, vaille que vaille.

RM : Le grand public ne vous connaît pas, parlez-nous un peu de vous.

APE : Je suis Martiniquaise et depuis six ans, je vis une aventure professionnelle passionnante en Guadeloupe avec la société BRG Antilles que j’ai créé en 1999.

RM : Comment en êtes-vous arrivée à ce métier ?

APE : Figurez-vous que mon premier métier, c’est assistante de direction bilingue. J’ai ensuite vécu au Canada puis en France métropolitaine. Quand je suis rentrée en Martinique, j’ai été la première employée dans une entreprise de recouvrement qui ouvrait ses portes, BRG Caraïbes. C’est comme ça que mon histoire d’amour avec ce métier a commencé.

RM : C’est un métier très technique, très encadré, je suppose. Comment vous êtes-vous formée ?

APE : Sur le tas, pour commencer. Puis, j’ai fait des stages de formation en métropole. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage à mon ancien patron, Guy Delahaye, décédé dans l’accident d’avion du 16 août dernier : il a su reconnaître mon potentiel et m’a toujours poussé à donner le meilleur de moi-même ; au point que quand j’ai démissionné six ans plus tard et que je lui ai demandé de devenir mon associé, il a tout de suite accepté.

RM : Vous aviez un travail intéressant, vous aviez des responsabilités et vous avez pris le risque de démissionner ?

APE : C’est vrai que quand je suis partie en 1999, j’étais Responsable du recouvrement et que je m’occupais également de la structure de BRG Caraïbes en Guyane. Mais je voulais changer, j’avais envie d’être mon propre patron. Comme je savais qu’il y avait des besoins en Guadeloupe, j’ai décidé de sauter le pas et de « m’expatrier » là-bas en créant BRG Antilles qui est vite devenu leader sur le marché. Comme je vous l’ai dit, M. Delahaye est devenu mon associé à hauteur de 13%. Cette transition s’est faite en toute transparence et en toute confiance.

RM : Qu’elle est la caractéristique essentielle de votre métier ?

APE : C’est une profession où la rigueur est une exigence de tous les instants. C’est ce qui fait la différence entre mon cabinet et les concurrents. Il faut savoir que BRG Antilles fait partie de l’ANCR qui est le Syndicat National des Cabinets de Recouvrement. Seuls 100 cabinets antillais en font partie, alors qu’il en existe plus de 1000 ! Ce label de qualité est un gage du sérieux du travail que rend mon entreprise.

RM : Est-ce un métier qui nécessite beaucoup d’investissements ?

APE : Cela dépend de la manière dont on envisage de faire son métier. Pour ma part, j’ai fait récemment l’acquisition d’un logiciel qui permet à mes clients de consulter leur dossier directement en ligne. J’ai 11 employés maintenant, ce qui veut dire que j’investis aussi dans les moyens humains, sans compter tous mes correspondants en métropole. De plus, je suis formatrice dans différents organismes comme Optima, Formacom, etc.

RM : Qui sont vos clients et comment les démarchez-vous ?

APE : Mes clients sont essentiellement des banques, des compagnies d’assurance, des mutuelles, des hypermarchés, des artisans, etc. Avec l’expertise cumulée, je ne démarche pas mes clients, ils viennent à moi ! Il est vrai que la société de consommation génère presque spontanément des impayés. Je coache d’ailleurs mes clients, i.e. que je les sensibilise aux moyens à mettre en œuvre pour éviter au maximum les problèmes de recouvrement

RM : Quels sont vos projets ?

APE : Je viens de créer BRG Martinique, donc je serai maintenant à cheval entre les deux îles. J’ai aussi créé la SCI Forces Vives en Martinique pour mes locaux professionnels. J’en ai aussi une autre en Guadeloupe, la SCI Paola pour mes locaux professionnels et d’habitation. Et pourquoi pas la Guyane plus tard ?

RM : Vous venez de recevoir le trophée national de la femme d’affaires noire à Londres. Pouvez-vous m’en dire plus ?

APE : J’en suis fière, parce que c’est la reconnaissance du travail accompli. C’était très fort de se retrouver avec toutes ces femmes qui réussissent dans le domaine professionnel, et qui par ailleurs, ont l’air d’y avoir trouvé leur équilibre. Cette manifestation a renforcé mon désir d’aller toujours de l’avant.

Texte : Reine MORIS

Photos : Fofo Forey FUMEY